Par Bertrand Hirsch,
Pour une histoire environnementale de l’Éthiopie.
Si on le replace dans l’histoire des études portant sur l’environnement en Éthiopie, telle qu’elle est retracée dans l’introduction rédigée par Guillaume Blanc et Grégory Quenet, le dossier présenté, ici, pourrait bien marquer une nouvelle étape historiographique, celle d’une histoire environnementale « consciente d’elle-même », de sa propre histoire, de ses enjeux, de ses cadres théoriques. D’autant que, associée à James McCann, figure pionnière de l’histoire des systèmes agraires en Éthiopie, c’est une génération de chercheurs composée de trentenaires ou de jeunes quadragénaires qui s’exprime ici, une génération qui a connu l’Éthiopie après la chute du därg en 1991, soit une Éthiopie à nouveau ouverte aux recherches de terrain sur l’ensemble de son territoire ; une génération également débarrassée du « grand récit », qui a si longtemps structuré les études éthiopiennes, celui d’un État chrétien continu dans le temps, absorbant dans son histoire – ou les excluant de cette même histoire – les multiples sociétés qui ont cohabité avec lui dans cet espace et, de manière téléologique, d’un royaume prenant peu à peu possession de l’ensemble des territoires qui forment l’Éthiopie dans ses frontières actuelles, délimitées à l’époque du roi Ménélik II à la fin du XIXe siècle.



