Roger DADOUN
02/12/2006

En situant le principe de non-violence (ahimsa) au coeur de la pratique et de la pensée de Gandhi, Romain Rolland reste fidèle aux propos du Mahatma, qui écrivait : « La non-violence est mon premier article de foi. C’est aussi le dernier article de mon credo ». Comme Gandhi, Rolland s’efforce d’écarter de cette notion l’image de négativité que donne inévitablement le « a » privatif de « ahimsa », le « non » de « non-violence ». Et il se préoccupe d’en marquer le pouvoir énergétique, qui correspond si bien à sa propre inspiration : « Tout est Énergie dans mon art, ma pensée et mon être. Et tout est passion de l’Énergie », écrivait-il en 1928, immédiatement après avoir évoqué la « non-violence de Gandhi », la « non-acceptation héroïque ». S’il y a, le long de l’axe de la non-violence, un parcours commun de Rolland et de Gandhi, ce principe, néanmoins, les déborde tous deux. Par-delà Gandhi, Rolland se sert du principe de non-violence comme d’un pont, d’une force de liaison et de synthèse entre l’Orient et l’Occident. Par-delà Rolland, Gandhi nous incite à amplifier l’ahimsa en une philosophie, voire une mystique qui nous fait atteindre l’essence de l’Être. C’est en ce point que nous introduirons la notion de Terreur, susceptible, croyons-nous, de nous mener à la racine même du principe de non-violence. Le principe de non-violence renferme une telle richesse d’éléments, il condense une telle puissance de significations que la façon la plus commode d’en rendre compte consiste à distinguer chacune de ses stratifications, en allant du
pôle le plus négatif, qui serait la passivité, au pôle le plus positif, où il coïncide avec la loi de l’espèce humaine elle-même, en tant qu’elle a pour vocation de briser le système de terreur où elle est prise originairement. Lire l’article publié sur le site Anarchisme et non-violence 2